Car je ne sais
comment commencer
cette lettre,
En huit lettres
je m'avance
et commence par la fin :
A m o u r e u x...
Quoi ?
Que dit-il ?
Que fait-il ?
Il ne dit rien
mais il écrit.
Malhabile avec les mots
quand il s'agit de parler,
De formuler, de s'expliquer,
C'est quand je me couche
sur du papier
que les mots hésitants
se glissent un passage
le long de mon bras,
jusqu'à ma main,
et dansent la farandole
sur la page blanche que je tiens.
Et ils parlent de ma faim,
de ma faim de bonheurs
de bonheurs au pluriel,
conjugués au présent
au futur,
écrits à plusieurs mains,
quitte à faire quelques ratures,
une histoire écrite avec elle,
une histoire sérieuse
autant que peut l'être l'amour,
et l'on sait bien
que l'amour ne se prend pas au sérieux,
l'amour ne se prend pas du tout,
il se donne, silencieux,
il se donne et prend l'autre au sérieux...
Donc, la fin :
A m o u r e u x...
Pourquoi commencer par la fin ?
Et bien, et bien,
mais c'est très simple :
Pour ne pas être obligé
de passer par les quatre chemins
qui bien souvent détournent,
font perdre le fil,
oui, perdre la route
et emportent les mots
bien loin de ce que j'ai à te dire.
Mais maintenant
que la fin est dite,
Laisse moi commencer.
J'ai une orange
dans la poitrine
(Orange sanguine, il va sans dire)
Ca pourrait être une poire,
ou bien une pomme
(imagine, quelle tentation !),
Bref, une orange à vous offrir
pour vous remercier d'un sourire
d'un sourire que je vous ai vu,
un sourire que j'ai pris pour moi,
un sourire que peut-être
je vous ai volé, pardonnez-moi.
Mais n'allez pas croire que je suis un voleur,
ce n'est pas
l'orange du marchand,
mais mon c½ur en fête,
mon c½ur qui se colore
en soleil rougeoyant...
Une simple orange,
c'est pas grand-chose,
c'est ce que j'ai.
Je me sens un peu bête,
un peu stupide,
de te le dire comme-ça,
mais voilà,
J'ai le c½ur qui palpite,
je n'y peux rien,
c'est comme-ça.
Et maintenant que je me suis lancé
je vais pouvoir continuer.
Si je t'écris cette lettre
(Oui, je sais,
je dis tu, je dis vous
faut m'excuser,
bien qu'enfant sage,
j'étais mauvais élève,
celui qui rêve au fond de la classe
en regardant par la fenêtre
un petit moineau qui passe,
des châteaux dans les nuages...)
Donc, cette lettre
pour vous dire
que je joue.
Pas la comédie,
ni pour du beurre.
Je joue au jeu de la vie
avec juste ce qu'il faut de sérieux,
avec quelques rêves en réserve,
un soupçon de philosophie,
et un peu de poésie aussi.
Je joue au jeu de la vie
où l'on a tout à perdre à se taire
et la peur de perdre quand on dit.
Alors, je ne te cache pas
qu'en écrivant tout cela,
j'ai peur.
Peur de ce que tu penseras,
de ce que tu diras,
de ce que tu ne diras pas.
Me prendras-tu pour un imbécile,
pour un fou, te moqueras-tu ?
Mais si j'ai décidé de m'élancer
c'est que, au jeu de la vie,
la chance passe et repasse
mais ne se donne que
à qui se donne la peine
de la saisir, de la tenter,
quitte à échouer.
Et échouer est un bien grand mot,
car, au final,
qu'ai-je donc à perdre
si ce n'est
une occasion de me taire
et pour savoir,
faut bien que je dise...
Le silence est d'or,
la parole est d'argent...
De quelle couleur sera
ce message que je tends ?
L'oiseau bleu ?
Ainsi voilà,
ma chère Emmanuelle,
pour qui, pour quoi,
je ne sais pas
mais je glisse...
je ne tombe pas,
je ne m'écorche
ni les genoux, ni le c½ur,
je ne tombe pas.
Je glisse avec douceur,
avec bonheur,
à chaque sourire...
je plane,
je glisse
amoureux
de t(r)oi(s)
(un croissant sourire de lune et deux étoiles).